Ce matin là, je m’étais installée tranquillement dans la salle qui m’était réservée pour mon exposition-vente. Un timide soleil d’avril commençait à percer à travers les nuages.

C’était un lundi plutôt calme. Vers midi, une de mes clientes vient me voir. Elle m’annonce qu’elle change de site, qu’elle va faire un pot de départ. Elle connait beaucoup de monde, et s’inquiète de l’organisation et du coût. Elle aimerait bien savoir quel cadeau de départ vont lui offrir ses collègues.

Puis elle ouvre une boite contenant le pendentif de sa grand mère qu’elle souhaiter transformer en bague. Elle me décrit ce qu’elle souhaite et ajoute

- je vous ai également apporté ça, je l’ai trouvé par terre, est-ce que l’on peut en faire quelque chose ? »

C’était une boucle d’oreille, en métal blanc, avec une pierre en forme de poire, transparente, de la taille de l’ongle de mon pouce.

- c’est sans doute un zirconium, me dit elle. J’ai montré la boucle à une bijoutière qui m’a dit qu’il y avait un poinçon.

Je saisis ma loupe, et je commence à regarder la boucle sur toutes les coutures. Il n’y a pas de poinçon, mais un rayon de soleil illumine la boucle et un éclat vif surgit.

Curieusement j’ai froid de l’intérieur, pourtant, il fait bon dans la salle et le soleil est maintenant bien présent. J’ai maintenant les mains et les pieds glacés. Que se passe t-il ? Soudain je me souviens: Quand j’étais ingénieur d’affaires, lorsque j’allais signer un gros contrat, je devenais glacée, et ce même en plein été. Mon directeur le savait et se réjouissait à l’avance:   » si elle a froid, c’est qu’elle va signer. » Mais ici, signer quoi ? à moins que …

La pierre est sale, je ne vois pas si les petits points noirs sont à la surface de la pierre ou dans la pierre. Enfin un détail qui me refroidit encore : la culasse est coupée… A ma connaissance, on ne taillait  qu’une seule pierre de cette manière : le diamant.

- J’ai un doute, dis-je à ma cliente

- un doute comment ?

- ce n’est pas un zirconium, ni un zircon, ni une moissanite,  ça pourrait être un diamant, mais je dois vérifier

- un diamant ? non, je ne pense pas, je l’ai trouvé par terre, dans la rue, j’étais en train de téléphoner quand j’ai marché sur quelque chose, je l’ai poussé du pied avant de la ramasser.

Je termine donc mon exposition-vente, une écharpe autour du cou. Plus tard, à l’atelier, je nettoie la boucle d’oreille dans l’appareil à ultra sons, elle brille maintenant comme un petit soleil. Je demande l’avis d’un collègue:

- Tu en penses quoi toi ?

- Et toi ? me rétorque t-il ?

- D’après moi, c’est du diamant: les inclusions à l’intérieur, l’éclat vif, la culasse coupée.

- On va voir ça, dit il

Le testeur électronique est prêt, je le pose sur la pierre: dans une grande envolée, toutes les diodes s’allument pour terminer dans le vert avec au bout le mot « Diamant »

 

C’est du diamant ! je n’ai plus froid, bien au contraire.

J’appelle ma cliente.

- Sophie ?, c’est Madame Mongillon. Vous êtes assise ?

- Non, je suis debout, dit-elle

- Et bien asseyez vous

- Je suis bien debout, proteste-t-elle

- Asseyez vous, je vous en prie

- Voilà je suis assise

- Sophie, votre pierre, c’est un diamant de 3 carats!

- C’est super dit-elle dans un éclat de rire, et puis je l’entends presque pleurer

- C’est pas possible, c’est pas possible ! »

Elle est submergée par l’émotion. Dans l’atelier, les collègues aussi.

- Nous vous le transformons en pendentif. Le voilà votre cadeau de départ ! ajoutais-je.

Ce fut une belle journée: une belle découverte, un très beau diamant, et un joli sourire pour ma cliente.

Une belle histoire de diamant.

 

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